De moi, vous dire..

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Ma vie, c'est du bonheur à ne plus savoir qu'Enfer. Journaliste littéraire et culturelle pour le BSC News Magazine, je suis une passionnée, amoureuse de la vie et boulimique de mots. Ceux que je dévore à travers mes très nombreuses lectures, et ceux qui se dessinent et prennent vie sous ma plume. Je travaille actuellement à l'écriture d'un roman, d'un recueil de poèmes ainsi que d'un recueil de tweets. A mes heures perdues, s'il en est, j'écris des chansons que j'accompagne au piano. Mon but dans la vie ? Réaliser mes rêves. Work in progress... LES TEXTES ET POÈMES PRÉSENTS SUR CE BLOG SONT PROTÉGÉS PAR LE CODE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE (COPYRIGHT).

4 août 2013

'Le manuel du serial killer', Frédéric Mars


« Dans deux ou trois heures tout au plus, ce garçon sera mort. (…) Je vous raconte la suite ? Les cris de la mère qui découvre son petit déjà quasi exsangue. Les hululements de douleur du môme qui se tient le ventre à deux mains. Ses convulsions sur le sol de la cuisine. (…) Alors ? Je vous la raconte ou pas, cette suite ? Non. Je vais plutôt vous parler de moi. C’est ça, de moi seul.  La mort est en moi. Là, dans ma tête. Elle y a toujours été comme chez elle. »
Sombre, prenant, torturé, angoissant, déstabilisant… Les qualificatifs ne manquent pas pour parler du dernier livre de Frédéric Mars !
L’auteur au large univers littéraire n’attend d’ailleurs même pas le début de l’intrigue pour semer le trouble, puisque le titre nous emmène déjà sur une fausse piste !
En effet, il ne s’agit pas là d’un manuel d’apprentissage pour devenir un parfait serial killer, et encore moins d’un livre d’horreur, mais bien d’un thriller psychologique habilement construit !
Et pour nous plonger complètement dans l’ambiance, Frédéric Mars n’a pas hésité à donner à son personnage principal le pseudonyme de l’écrivain créateur du célèbre personnage d’Hannibal Lecter !
Nous voici donc avec Thomas Harris, un brillant étudiant en littératures comparées à l’université d’Harvard, par ailleurs pas très gâté par la vie. En effet, confronté à la mort de ses parents dix ans plus tôt, le jeune homme qui a grandi en foyer souffre du syndrome de Korsakoff qui affecte sa mémoire, et doit également vivre avec un œil blanc et les moqueries dont il fait l’objet. 
Un personnage d’autant plus énigmatique qu’il va se retrouver de façon troublante au cœur d’une terrible affaire !
Tandis qu’il est chargé de trier les ouvrages reçus au service des manuscrits d’une maison d’édition dans laquelle il effectue un stage, le jeune homme se retrouve face à un texte des plus intrigants : Le Manuel du serial killer. Un manuscrit anonyme qui se révèle être un mode d’emploi précis et détaillé pour devenir un parfait tueur en série ! A la fois choqué et fasciné par cette découverte, Thomas décide de ne pas le conserver.
Aussi, la surprise est de taille lorsque, quelques semaines plus tard, le manuscrit apparaît dans la vitrine de toutes les librairies ! Une surprise qui vire aussitôt au cauchemar lorsque Thomas découvre qu’il est publié sous son propre nom ! La descente aux enfers commence alors pour le jeune homme lorsqu’il apparaît que le livre en question fournit les plus petits détails d’une série de meurtres d’enfants qui frappe la région depuis des mois. Thomas clame son innocence, en vain. Tout l’accable.
Qui est à l’origine de cette terrible machination ? Comment ce manuscrit a-t-il pu se retrouver entre les mains de milliers de lecteurs ? Qui en est le véritable auteur et pourquoi le publier sous le nom de Thomas Harris ? Mais d’ailleurs, qui est vraiment Thomas Harris ?
L’intrigue – absolument machiavélique - se tisse d’un bout à l’autre du roman, jusqu’à un dénouement aussi inattendu que déroutant.
Fiction et réalité se frôlent tout au long du livre, flirtent avec la frontière qui les séparent, allant même parfois jusqu’à se confondre.
Présent et passé s’entremêlent de même que différents points de vue narratifs se croisent. Ainsi, le récit à la première personne est entrecoupé de passages du fameux livre publié, ainsi que de retranscriptions de séances entre Thomas et son psychiatre. Difficile de deviner où tout cela va nous mener !
L’auteur brouille sans cesse les pistes, nous plonge dans un brouillard de confusion, nous manipule avec brio et maintient le suspense jusqu’aux toutes dernières pages.
Un thriller diaboliquement prenant qui joue avec nos nerfs !

Mélina Hoffmann

Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Juillet-Août 2013

2 août 2013

'Les états d'âme - Un apprentissage de la sérénité', Christophe André

« Les états d’âme sont l’expression de ce grand mélange indissociable de tout ce qui se passe en nous et autour de nous : mélange d’émotions et de pensées, de corps et d’esprit, de dehors et de dedans, de présent et de passé. Ce mélange est évidemment aussi riche que compliqué : impur, unique, labile, toujours recommencé, jamais exactement le même. Comme les vagues de la mer… »

Ils nous bouleversent, nous fragilisent, nous oppressent, nous tourmentent ou nous apaisent...; Ils nous rendent parfois plus forts, souvent plus fragiles et vulnérables ; Ils sont l’essence-même de nos remises en question, influencent nos comportements, viennent régulièrement semer le trouble dans nos esprits lorsqu’ils ne se contentent pas de les inonder d’inquiétude… ; Source de créativité, ils sont parfois nos meilleurs guides vers la sagesse, la sérénité et le bonheur, tandis que - d’autres fois - ils nous en éloignent sans ménagement.
Joie, excitation, curiosité, bonne humeur, mais aussi nostalgie, inquiétude, culpabilité, tristesse, … : nos états d’âme font partie intégrante de nous. Simplement, nous pourrions dire qu’ils nous rendent vivants.
On peut choisir d’en souffrir, de se laisser submerger par eux, ou s’enrichir de leur présence sans les laisser prendre le contrôle de nos vies. Pour cela, il est indispensable de comprendre leurs mécanismes.
A quoi servent les états d’âme positifs et négatifs? ; Faut-il faire une différence entre douleur et souffrance ? ; Pourquoi sommes-nous si inquiets ? ; Comment réguler ses états d’âme d’inquiétude ? ; Existe-t-il des états prédépressifs ?  ; Que faire face aux états d’âme de tristesse; qu’est-ce qu’aller bien ? ; Comment le matérialisme bouscule-t-il nos états d’âme ? ; Vaut-il mieux se libérer de l’espoir ou fuir le désespoir ? ; Peut-on augmenter ses capacités à ressentir du bonheur ? ; Qu’est-ce que la sagesse ? ;…

Christophe André, médecin psychiatre et psychothérapeute, apporte - dans cet ouvrage à la fois scientifique et chaleureux - des réponses claires et détaillées à toutes ces questions, et à bien d’autres encore.  Selon lui, il est indispensable de ne pas nier l’existence de ces mouvements de l’âme, d’accepter de les laisser passer en nous sans les laisser s’enraciner et nous perdre ; de les observer, les comprendre, et surtout d’apprendre à les réguler. En effet, fuir ou tenter d’éradiquer nos états d’âme peut donner lieu à de nombreuses souffrances, et même à des comportements pathologiques tels que la boulimie ou tout autre type d’addiction dans laquelle, par automatisme, nous finirons par nous réfugier à chaque approche d’un état d’âme douloureux.  « On s’est juste rendu dépendant d’une manière de réguler ses états d’âme en achetant quelque chose, en consommant des biens. Une manière peu efficace et coûteuse de prendre soin de soi : remplir nos cerveaux de vide, nos estomacs de saletés et nos armoires d’inutilités, pour pallier les fluctuations de nos états d’âme. »

Certains de ces états d’âme peuvent d’ailleurs être appréhendés plus sereinement si l’on s’efforce de les  considérer comme des opportunités, à condition toutefois de ne pas leur donner trop d’importance. 
« La tristesse est un sentiment envahissant, qui occupe l’entièreté de notre âme. Quand on est triste dans sa tête, tout devient triste en nous : notre regard, notre démarche, le timbre de notre voix. Par contre, il n’est pas toujours si douloureux d’être triste, car il y a quelque chose de spécifique à la tristesse : la douceur. […] La tristesse est sans doute une des bases les plus fécondes pour notre vie intérieure, tant elle semble pouvoir donner du relief, de la douceur, du poids à tous nos autres états d’âme. »

Dans une société qui prône la consommation comme remède à tous nos maux, difficile parfois de se souvenir que l’essentiel se trouve en nous et que, plus nous remplissons notre existence, moins nous l’habitons. Les difficultés, les épreuves, font partie inhérente de nos vies. C’est en l’acceptant et en ne les considérant pas systématiquement comme des drames que nous pourrons gérer aux mieux ces situations, sans laisser s’installer des états d’âme toxiques qui auraient pour effet de nous centrer davantage sur le problème en lui-même que sur sa solution. Un cheminement que nous invite à suivre l’auteur à travers les nombreux chapitres de ce livre richement documenté.
Un ouvrage passionnant, accessible à tous, qui nous invite à devenir plus attentifs à ce qui se passe en nous, à la manière dont nous raisonnons, à notre perception du monde qui nous entoure ; à renouer avec nos sens, ou encore, à faire de la compassion notre meilleure alliée, pour ne jamais - ou presque ! - perdre le contrôle de nos états d’âme.

Mélina Hoffmann

Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Mars 2010

6 juil. 2013

'Purgatoire des innocents', Karine Giebel


« Je croyais avoir trouvé le refuge idéal. Je viens de mettre les pieds en enfer. »
Paris, place Vendôme. Un braquage qui tourne mal. Raphaël, à peine sorti de prison, son frère William et deux autres complices viennent de dérober quelques trente millions d’euros. La police intervient, des coups de feu retentissent, une passante et un policier perdent la vie tandis que William est grièvement blessé. Les malfrats parviennent néanmoins à prendre la fuite avec leur butin et se mettent en quête d’une planque.
Ils croisent alors la route de Sandra, une jeune vétérinaire que William prend en otage et contraint à les héberger ainsi qu’à soigner son frère. La menace est claire : « Il meurt, tu meurs. »
Reclus dans cette propriété isolée en pleine campagne, les braqueurs se sentent à l’abri. Le mari de Sandra étant absent pour plusieurs jours, la situation est sous contrôle. Une fois que William aura repris suffisamment de forces, ils reprendront la route et iront au bout de leur plan. C’est en tout cas ce qu’ils croient. Mais alors qu’ils pensent avoir laissé le pire derrière eux, ils sont loin de se douter qu’ils viennent de mettre les pieds au cœur-même de l’enfer…
Si l’expression « à couper le souffle » avait été inventée pour qualifier un livre, nul doute qu’elle l’aurait été pour celui-ci ! Difficile de trouver polar plus terrifiant ! L’histoire démarre sur les chapeaux de roue et ne cesse de gagner en intensité. Karine Giebel ne nous laisse pas une minute de répit, aussi préparez-vous à une nuit blanche si vous entamez la lecture un soir.
La tension ne retombe à aucun instant, pas même une fois le livre refermé. L’angoisse et le suspense sont à chaque page, à la limite parfois de l’insoutenable. Quand on croit être au cœur de l’horreur, l’histoire prend alors un tournant et nous plonge dans quelque chose de pire encore et on se demande jusqu’où l’auteur va nous emmener ainsi. On hésite à reprendre notre souffle. Certaines scènes se révèlent particulièrement violentes et éprouvantes, d’autant que les descriptions sont d’une précision telle qu’elles invitent inévitablement à la visualisation.
La psychologie des personnages est elle aussi finement travaillée, notamment à l’aide de flashbacks réguliers qui nous aident à comprendre l’évolution de chacun d’entre eux et le moment, peut-être, où tout a basculé. On éprouve de la compassion, parfois même un attachement inattendu pour certains d’entre eux que l’on se préparait pourtant à détester.
Des personnages tous ici confrontés à un même défi : lutter par tous les moyens possibles et imaginables pour leur survie. Y parviendront-ils ? Et à quel prix ?  
Karine Giebel joue avec nos nerfs à merveille et nous offre un polar particulièrement efficace qui mériterait amplement une adaptation cinématographique.
Âmes sensibles s’abstenir. Ce livre vous captivera, vous remuera, vous hantera.

Mélina Hoffmann

Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Juin 2013

24 juin 2013

'Animal emotion', Kyriakos Kaziras


« Mes photographies d’animaux peuvent donner l’impression de revêtir un côté extrême – à cause de la nature dite « sauvage » des animaux qui retiennent mes choix, à cause des destinations qui m’intéressent, qu’elles aient un caractère exotique, équatorial ou polaire, à cause de la très faible distance à laquelle je m’approche d’eux, de cette adrénaline que me valent ces prises de vue. Tout cela est vrai, mais le caractère « extrême » de mes images, l’intensité qu’elles renferment, du moins je l’espère, réside dans le regard croisé, celui de la bête et du photographe. »
Kyriakos Kaziras est photographe animalier professionnel. Passionné depuis toujours par la photographie et les voyages, il sillonne le monde, son appareil photo à la main, à la recherche d’instants rares et précieux que son objectif pourra immortaliser. Dans ce magnifique ouvrage, il nous emmène au plus près de la faune sauvage et nous livre des images fascinantes, d’une proximité troublante avec l’animal, toujours photographié en liberté.
Au gré de ses périples à travers l’Afrique du sud, l’Inde, l’Alaska ou encore l’Equateur, il nous fait partager ses rencontres avec des hippopotames, gorilles de montagne, léopards, ours polaires, tigres du Bengale, lions, éléphants ; avec un crabe rouge ou encore un colibri à ailes saphir, saisissant une expression, une émotion au plus profond du regard de l’animal.
Ses photos sont d’une intensité remarquable, certaines réellement bouleversantes, et il émane de chacune d’elles une humanité aussi surprenante que troublante.
Un album épuré qui rend un bel hommage à la faune et la flore sauvages à travers le regard d’un photographe dont le talent n’a d’égal que l’intensité de sa passion.
Un livre à offrir, à s’offrir, et à savourer avec toute l’attention qu’il mérite.

Mélina Hoffmann

 Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Juin 2013

3 juin 2013

'Les proies - Dans le harem de Kadhafi', Annick Cojean



Elles sont des centaines à avoir connu pour une nuit, une semaine, une année, parfois davantage, les coups, viols et autres perversions d’un tyran insatiable et brutal, souvent sous l’emprise de drogues ou d’alcool.
Durant ses 42 années passées au pouvoir et jusqu’à sa mort en octobre 2011, Mouammar Kadhafi s’est proclamé le défenseur des femmes dans une Lybie entièrement régie par des hommes. Pourtant, dans sa résidence fortifiée de Bab al-Azizia, le dictateur séquestrait des jeunes femmes, des jeunes filles, préalablement repérées par ses rabatteuses - dans les écoles, universités, prisons, salons de coiffure, de beauté, et même dans les mariages - qu’il contraignait ensuite par le chantage ou la force à devenir ses esclaves sexuelles. De jeunes hommes aussi, parfois, lorsqu’il ne tentait pas de s’attirer les faveurs d’actrices, femmes ou filles de ministres, ou encore d’épouses de chefs d’Etat africain en leur offrant de somptueux cadeaux.
« Le sexe était monnaie d’échange, moyen de promotion, instrument de pouvoir. Les mœurs du Guide se révélaient contagieuses. Sa mafia opérait de la même manière. Le système était corrompu jusqu’à la moelle. »
Annick Cojean est journaliste et écrivain. Lors d’un reportage à Tripoli sur la contribution des femmes lors de la Révolution en Lybie, elle a rencontré Soraya, une jeune femme de 22 ans dont le témoignage poignant et terrifiant nous est rapporté dans ce livre choc. Soraya avait à peine 15 ans lorsqu’elle a été repérée lors d’une visite de Kadhafi dans son école et enlevée le lendemain. Le début de l’enfer pour cette jeune fille qui, comme beaucoup d’autres choisies pour satisfaire la consommation quotidienne du Guide, se verra voler sa virginité, son enfance, ses rêves, et toute perspective d’avenir dans la société lybienne.
Ses confidences, livrées avec une grande sincérité, font froid dans le dos tant elles révèlent la violence, l’humiliation et la cruauté dont ont été victimes dans la plus totale impunité nombre de femmes, certains sévices les obligeant parfois à passer directement de la chambre de Kadhafi à l’hôpital pour soigner des blessures internes.
Annick Cojean, qui a reçu le Grand Prix de la Presse internationale par l’APE – Association de la Presse étrangère – pour l’ensemble de son œuvre sur la Lybie, évoque néanmoins la difficulté de mener une telle enquête dans une société où le viol – et plus généralement la sexualité – sont aujourd’hui encore des tabous. Si quelques-unes des victimes du dictateur ont accepté de se confier à la journaliste, la plupart se réfugient dans le silence, et toutes vivent dans la terreur.
« Sa révolte est la mienne. Et j’aurais bien voulu aussi la partager avec d’autres Lybiennes : magistrates, avocates, proches du CNT, défenseuses des droits de la personne. Aucune, hélas, n’en fera pour l’heure son combat. Trop sensible. Trop tabou. Rien à y gagner. Tout à y perdre. Dans un pays entièrement entre les mains des hommes, les crimes sexuels ne seront ni débattus ni jugés. Les porteuses de messages seront  décrétées inconvenantes ou menteuses. Les victimes, pour survivre, devront rester cachées. »
Annick Cojean lève un peu plus le voile sur les coulisses d’un régime aux nombreuses complicités au-delà même des frontières de la Lybie, qui faisait de la violence et du sexe ses armes de pouvoir et de pression.
Ce livre, qui arrivera en Lybie en fin d’année, mériterait une très large lecture. Bien que l’on reste un peu sur notre faim quant aux explications sur les rouages de ce système et au devenir de ces femmes, on dévore avec autant d’intérêt que d’effarement l’enquête de la journaliste ainsi que le récit des témoignages souvent crus de Soraya et quelques autres jeunes victimes de ce prédateur au sadisme sans borne. Car c’est bien là que la confession de Soraya trouve sa motivation principale : donner voix à toutes ces souffrances silencieuses, et aider à ce que ces femmes aux vies saccagées et souvent rejetées par leurs propres familles, soient enfin considérées comme des victimes. Et que le monde ouvre les yeux, enfin. Il semblerait que le chemin soit encore long, mais la démarche est à féliciter et à soutenir.
Une lecture qui frôle parfois l’insoutenable mais instructive et terriblement nécessaire.
Mélina Hoffmann

Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Mai 2013

21 mai 2013

'Le mauvais temps', Paul Guimard




« Sans doute, la vie n’est-elle pas faite pour les adolescents. (…) ils l’inventent pour la rendre semblable à eux mais l’illusion est brève. Lorsqu’ils s’aperçoivent que cette vie rêvée est en rupture de stock pour la plupart des dons qu’ils réclament d’elle, ils chavirent dans la mélancolie. Il n’est ni facile ni plaisant de changer de peau, d’autant moins que la mue des hommes s’accomplit à contresens, du papillon à la chenille, et que la perspective de perdre ses ailes et d’apprendre à ramper n’est pas exaltante. Alors on refuse, on se cogne contre les barreaux de la cage. »

C’est l’histoire de Monsieur Robert, cinquantenaire, veuf, mûr et lucide. C’est aussi l’histoire de Bob, adolescent inexpérimenté, bohème, empli de craintes et d’illusions.
C’est finalement l’histoire d’un homme à l’intérieur duquel Robert et Bob se rencontrent, se découvrent, se heurtent l’un à l’autre, tentent de cohabiter jusqu’au jour où la femme qu’il aime lui propose de la rejoindre à Amsterdam. En proie à ses impulsions d’adolescent, Monsieur Robert prend la fuite et se réfugie dans sa Bretagne natale pour  prendre la mer sur son bateau. Surpris par le mauvais temps, il devra alors résister à une tempête qui se révèlera plus intérieure qu’extérieure…
Cette histoire est celle d’un homme, mais c’est surtout le récit d’une naissance, celle qui survient au terme d’un long et souvent douloureux cheminement vers soi-même, vers sa propre paix intérieure, vers l’âge adulte. Un cheminement nécessaire pour apprendre à vivre avec soi, avec les autres aussi. Parce que « C’est bon, les autres, c’est chaud, c’est nécessaire. »
A travers les traits du roman, Paul Guimard décrit le parcours initiatique que chacun de nous aurait la possibilité d’accomplir pour réconcilier l’adolescent et l’adulte qui s’empêchent d’exister pleinement l’un l’autre. Il s’agit de laisser s’éveiller cet Autre que nous cherchons sans cesse ailleurs alors qu’il sommeille en nous, en chacun de nous, tout comme le beau temps et le mauvais.
Oser laisser derrière soi l’enfant rempli d’illusions et d’attentes irréalistes pour accepter enfin la vie telle qu’elle est, jouir pleinement des instants de bonheur avec la conscience de leur valeur et de leur impermanence qui les rend tellement précieux.
« Il faudrait parvenir à cette sagesse élémentaire de considérer les ténèbres où nous allons sans plus d'angoisse que les ténèbres d'où nous venons. Ainsi, la vie prend son vrai sens : un moment de lumière. »
C’est une lutte intérieure, un combat contre cette partie de soi qui nous limite, nous fait fuir quand nous gagnerions à rester, nous taire quand quelques mots pourraient tout changer, s’abstenir quand il aurait valu la peine d’oser. Une « bourrasque intime » qui fait chavirer l’être tout entier pour le forcer à nager plutôt que de se laisser dériver par le courant.
Un roman métaphorique plein de tendresse, de douceur et d’amertume, riche d’enseignements et de sagesse.
Mélina Hoffmann
 
Chronique publiée dans le BSC NEWS MAGAZINE de Mai 2013