De moi, vous dire..

Ma photo
Paris, France
Ma vie, c'est du bonheur à ne plus savoir qu'Enfer. Journaliste littéraire et culturelle pour le BSC News Magazine, je suis une passionnée, amoureuse de la vie et boulimique de mots. Ceux que je dévore à travers mes très nombreuses lectures, et ceux qui se dessinent et prennent vie sous ma plume. Je travaille actuellement à l'écriture d'un roman, d'un recueil de poèmes ainsi que d'un recueil de tweets. A mes heures perdues, s'il en est, j'écris des chansons que j'accompagne au piano. Mon but dans la vie ? Réaliser mes rêves. Work in progress... LES TEXTES ET POÈMES PRÉSENTS SUR CE BLOG SONT PROTÉGÉS PAR LE CODE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE (COPYRIGHT).

9 août 2012

Chronique 'Le ventre vide, le froid autour', Les fille du calvaire


« Je ne sais pas où l'anorexie cesse et où je commence. Où elle prend sa source et où je m'assèche. J'ignore ce qu'il restera de moi après elle. Certaines nuits me travaille l'idée qu'il est des combats à ne pas remporter, sous peine de ne plus avoir de raison de rester en vie. »
Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore : cinq jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans qui ont réuni leurs plumes pour témoigner d’un même mal qui les ronge. Cinq jeunes femmes qui ont accepté de mettre des mots sur ce dont elles souffrent en silence depuis trop longtemps, ce calvaire quotidien dans lequel elles tentent de survivre, jour après jour ; sur leurs vies entre parenthèses. Cinq jeunes femmes pour lesquelles les compagnes les plus fidèles s’appellent Anorexie et Boulimie.
Des mots qui font peur, des mots qui - trop souvent encore - font fuir, dégoûtent même. Des mots derrière lesquels, pourtant, se cachent souffrances, angoisses, solitude, colère, jusqu’au désir d’en finir parfois, et d’autres fois sans que le désir ne s’y invite… « Sans relâche, je dois me battre contre moi pour me sauver d'un précipice où je me jette. »
Ce projet de témoignages croisés est né dans un hôpital il y a cinq ans, à l’initiative de deux amies dont l’une d’elles, emportée par un arrêt cardiaque des suites de la maladie, ne verra jamais l’accomplissement. « La vie est fragile, la sienne ne tenait qu'à un fil. On ne m'avait donc pas menti, on peut mourir d'avoir eu faim d'une autre vie. »
Chacune de ces jeunes femmes nous livre sa propre expérience, son rapport personnel et intime avec la maladie.
Nous y découvrons la colère, la rage, la culpabilité, la honte, les rêves de lendemains meilleurs, le froid qui les habitent. Mais, plus surprenant encore, nous découvrons cette envie de vivre. Car, à l’inverse de ce que l’on serait tenté de penser, l’anorexie et la boulimie ne sont pas pour ces filles une façon de se détruire, mais bel et bien le seul moyen qu’elles ont trouvé pour se sauver, pour vivre - en attendant mieux - dans un monde dans lequel elles se sentent à l’étroit, ne trouvent plus leur place. « (...) subsiste en moi, quelque part, errante, la fille à qui l'on avait tant promis. »
La nourriture devient alors une façon d’exister au monde, un refuge, un langage pour dire à qui se donnera la peine d’essayer de le comprendre :
« J'ai mal de moi. »
Ces témoignages d’une bouleversante sincérité et empreints d’une surprenante douceur, nous décrivent ce rapport au corps si douloureux et insaisissable pour qui n’y a jamais été confronté. Des témoignages dont le but est également de réduire à néant les préjugés qui entourent la maladie. Car non, anorexie n’est pas forcément synonyme de maigreur excessive. Non, l’anorexie n’est pas la conséquence d’un régime qui a mal tourné. Non, s’en sortir n’est pas une simple question de volonté. Non, il ne faut pas être faible pour en être victime.
L’anorexie et la boulimie sont des maladies extrêmement violentes et sournoises qui, par l’illusion provisoire de contrôle et de confort qu’elles procurent, parviennent à piéger les personnes les moins vulnérables à priori, les plus combattives, les plus radieuses.
« Ce n'est pas une question de poids, de quantité, de matière grasse, de miroir, d'os. L'anorexie m'a coupé l'appétit pour une vie entière. »
Pour Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore , et tant d’autres femmes et hommes confrontés à la maladie, s’impose pourtant la nécessité de garder le goût de vivre, malgré tout ; trouver en ce corps épuisé la force de se battre, de ne pas céder aux instants de découragement, inévitables. « Je n'en peux plus, de ce passé qui court après moi, de ce présent que je ne saisis pas. » Car la boulimie et l’anorexie sont des maladies épuisantes en cela qu’elles nécessitent un combat de chaque jour, de chaque instant, puisque l’objet du mal – la nourriture – est toujours présent, impossible à tenir à distance.
Un livre touchant et terriblement nécessaire. Ces jeunes femmes sont de véritables exemples de courage et l’on souhaite à chacune d’elle de parvenir au bout de cet effroyable combat.
Mélina Hoffmann
Chronique publiée dans le BSC News Magazine de Juillet-Aout 2012 (pages 92-93).

3 août 2012

Poème, 'Nuit d'ivresse'


Je veux des rendez-vous secrets
des nuits passées à s’enivrer

Je veux des heures où l'on s'égare,
d'autres envies, d'autres regards

Je veux la raison qui s’absente
et des prétextes qu’on s’invente

Je veux ces instants de délice
dont le désir se fait complice

Je veux des mains qui se retiennent
deux peaux brûlantes qui s’apprennent

Je veux les sourires silencieux
préludes aux enlacements fougueux

Je veux des baisers dans le cou,
des soupirs à s’en rendre fous

Je veux des corps qui s'électrisent,
d'autres décors où l'on s'épuise

Je veux des envolées fiévreuses
et des escapades audacieuses

Je veux des doigts qui me parcourent
des intrusions que je savoure

Je veux l’ivresse, des draps froissés
caresses auxquelles m'abandonner 

Je veux atteindre l’absolu
de l’amour qui se met à nu

Je veux des langues qui s’aventurent
là où tout n’est plus que luxure

Je veux la magie débordante
de l’excitation qui nous hante

Je veux la volupté d’un corps
qui sans retenue me dévore

Je veux frissonner et gémir
oser les mots qui font rougir

Je veux le délicieux supplice
de nos sources qui se tarissent

Je veux des lèvres qui s’embrasent
et du plaisir jusqu’à l’extase

Je veux des instants de vertige
lorsque l’ensorcelé s’érige

Je veux succomber au désir
goûter au précieux élixir
 
Je veux l’attente délicieuse
d’autres étreintes langoureuses

Je veux le souvenir bouillant
du désir fou de deux amants.

Mélina, Août 2012

28 juil. 2012

Poème 'Aimer c'est...'


Aimer, c'est...

Souhaiter ton bonheur quand je souffre

Te rassurer quand je doute

Sécher tes larmes quand je pleure

Te réchauffer quand je frissonne 

Te comprendre quand tu me juges

Tout te donner quand je n'ai plus rien

Te soutenir quand je m'effondre

Penser à toi quand tu m'oublies

Te dire je t'aime quand c'est fini.


Mélina, Juillet 2012

25 juil. 2012

Poème, 'Lui'


L'aimer. Maudire son absence.

Sourire. Pleurer.

Penser à lui. M'oublier.

Lui écrire. M'effacer.

Le réchauffer. Trembler.

Le soutenir. M'effondrer.

Vouloir m'enfuir. Rester.

Le chercher. Me perdre.

L'étreindre. M'éteindre.

Vous dire.. Lui taire.

Mélina, Juillet 2012.

24 juil. 2012

Poème 'Sans mot dire'


Ces mots durs que tu as dits
Ces mots doux que tu as tus
Mon amour s’y est perdu
Et ils hantent encore mes nuits

Quelques secondes pour les dire
Des milliers pour en guérir
Une balade en Enfer
Et toute une vie à l’envers.

Mélina, Juillet 2012

Chronique 'La vie suspendue', Marie Barrillon



« J’en viens à penser que la vie s’acharne toujours sur les mêmes personnes. Comme si la douleur ne suffisait pas en une seule et unique occasion. Non, il en faut encore et encore. Accumuler les douleurs. Assombrir les bonheurs. Faire un néant d’un bonheur qui s’annonçait certain. Faire le vide d’un sentiment exceptionnel. Faire notre, cette vie dans une situation tragique. »

Comment retenir la vie qui nous échappe, le bonheur qui se dérobe sous nos yeux impuissants, le temps qui nous emmène vers une issue qui s’annonce douloureuse ?
Comment combattre le sentiment de colère, de révolte contre cette vie qui s’empresse d’assombrir un bonheur difficilement acquis, d’anéantir des rêves sur le point de devenir des réalités, de nous couper le souffle lorsqu’enfin nous étions parvenus à respirer profondément ?
Dans  ce récit court et poignant, Marie Barrillon nous parle avec une infinie délicatesse d’un amour passionnel que rien ne semblait pouvoir détruire, de moments de bonheur  de ceux auxquels on ne croit plus lorsque la vie nous a trop souvent malmené. Avec beaucoup de poésie et une intensité bouleversante, elle nous raconte l’histoire d’une relation pleine de promesses qui, soudain, bascule tragiquement.
Une relation dans laquelle tout allait pour le mieux, jusqu’à ce qu’une distance s’installe, que l’intimité se fasse de plus en plus rare malgré un amour toujours aussi présent. Une distance incompréhensible, jusqu’à ce que l’homme  aimé murmure à l’oreille de celle dont il partage la vie le seul mot qu’elle n’aurait jamais voulu, jamais imaginé entendre. Un de ces mots que l’on croit toujours naïvement réservé aux autres : maladie. Un mot qui anéantit tout, face auquel la jeune femme se sent désarmée, n’ayant rien d’autre que son amour à offrir pour tenter de combattre ce « mal moderne » qui est désormais le leur. Mais l’amour est parfois insuffisant et n’est alors plus que le spectateur d’une destruction contre laquelle ils ne peuvent rien.
Marie Barrillon nous raconte la lutte de cette femme pour sauver son couple condamné, sa détermination à combattre la fatalité. Puis cet amour qui lui échappe, qui leur échappe, se nourrissant de leurs peurs qui se font de plus en plus présentes : « Nous en sommes arrivés à avoir peur l’un de l’autre et de notre tendresse. Peur de nous toucher sans éveiller les regrets. Peur de nous aimer avec des conditions. Peur de nous parler en évitant les mots d’amour. Peur de nous tenir la main sans faire surgir nos désirs. Peur de notre propre regard l’un vers l’autre et de ce que l’on pourrait y lire. »
Le doute et l’incompréhension s’installent sur une vie qui n’a plus de direction, sur un avenir qui se meurt. Elle tente de fermer les yeux, de tourner le dos à cette tragédie qui les frappe de plein fouet, mais la réalité la rattrape toujours, plus violente et inacceptable à chaque fois.
Elle en vient à se perdre, à ne plus savoir qui elle est. A fuir cet amour qui n’est plus que douleur, sans pour autant avoir la force d’y renoncer.
« Je coule à pic. Si une main pouvait se tendre vers moi, je la saisirai… peut-être. Juste pour que mes larmes aient une autre cause. Mes sourires, un autre horizon. Mes désirs, un autre corps. Mon destin, un autre chemin. »
Marie Barrillon sait nous toucher en posant les mots justes sur les émotions les plus complexes. Au fil de ses phrases courtes et percutantes, sa tristesse, sa colère, son désarroi deviennent les nôtres, au point d’en devenir parfois presque insoutenables.
La vie suspendue, c’est un combat. Le combat d’une femme qui semble retenir son souffle, d’un couple que l’on imagine marcher sur un fil au-dessus du vide. Un beau moment de lecture.
Mélina Hoffmann
Chronique publiée dans le BSC News magazine.