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Ma vie, c'est du bonheur à ne plus savoir qu'Enfer. Journaliste littéraire et culturelle pour le BSC News Magazine, je suis une passionnée, amoureuse de la vie et boulimique de mots. Ceux que je dévore à travers mes très nombreuses lectures, et ceux qui se dessinent et prennent vie sous ma plume. Je travaille actuellement à l'écriture d'un roman, d'un recueil de poèmes ainsi que d'un recueil de tweets. A mes heures perdues, s'il en est, j'écris des chansons que j'accompagne au piano. Mon but dans la vie ? Réaliser mes rêves. Work in progress... LES TEXTES ET POÈMES PRÉSENTS SUR CE BLOG SONT PROTÉGÉS PAR LE CODE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE (COPYRIGHT).

24 sept. 2012

Esteban Perroy, une rencontre colorée !



A la suite d’une représentation, Esteban Perroy - créateur, producteur et metteur en scène du spectacle Colors, aux côtés de Franck Porquiet - a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour le BSC News Magazine. Une rencontre forcément colorée, à l’image de cet homme drôle, passionné et chaleureux !


Esteban bonjour ! Pour la sixième année consécutive, Colors investit la scène du Théâtre du Gymnase à Paris chaque dimanche soir, devant un public toujours aussi conquis. Aviez-vous imaginé un tel succès ?

On espère, on fantasme toujours secrètement le succès d’un spectacle. Mais il ne suffit pas d’avoir de la chance pour que cela arrive. Il faut d’abord une communication efficace autour de l’évènement. Mais surtout, pour qu’un spectacle fonctionne il doit apporter quelque chose au spectateur : de l’émotion, de la générosité, du partage, de la bienveillance, bref de l’humanité ; lui offrir la possibilité de s’échapper des problèmes de son quotidien, le surprendre. On voit notamment à Paris des spectacles qui fonctionnent mal malgré d’importants moyens financiers déployés et de grosses têtes d’affiche, pour la simple raison que les spectateurs n’y trouvent rien de tout cela. Pour provoquer l’acte d’achat le spectacle doit être formellement attractif, mais si le fond ne suit pas, les critiques seront d’autant plus dures et le bouche-à-oreille désastreux.

Est-ce que nous avions prévu ce succès ? Non. Mais nous l’espérions c’est certain, et nous nous donnons les moyens qu’il continue d’être au rendez-vous les prochaines années. Quand un spectateur nous dit en sortant que le spectacle était « sympa », c’est certainement que de notre côté nous n’en sommes pas satisfaits. Nous allons alors débriefer pendant une heure avec l’équipe pour savoir ce qui n’allait pas. En revanche, si les spectateurs l’ont trouvé « génial, merveilleux, fantastique, incroyable…» nous nous octroyons un peu d’apaisement en se disant que « ce soir, on a fait notre job ». Nous voulons que les gens sortent éblouis, enjoués, qu’ils n’aient qu’une seule envie : revenir la semaine suivante parce qu’ils auront partagé avec nous un moment où ils auront ri, où ils se seront sentis bien, où ils auront eu un peu foi en l’humanité. C’est peut-être prétentieux mais l’objectif reste de transmettre du bonheur et de joie de vivre à des spectateurs qui nous font l’honneur de payer pour venir nous voir.

Comment en êtes-vous venu à l’improvisation ? Pourquoi ce choix ? 

J’ai rencontré l’impro par hasard il y a 20 ans. J’étais en école de commerce à Grenoble, et il m’a fallu choisir entre trois matières optionnelles : graphologie, improvisation ou psychologie de l’acheteur. Etant plutôt grande gueule, je me suis dit que j’allais prendre impro pour cartonner. Grossière erreur, j’ai morflé pendant plus de 10 ans ! Dès lors il m’a fallu me battre contre moi-même, mon ego et mes certitudes. Parce qu’être grande gueule, dans l’impro, ça ne marche pas. C’est une discipline qui nécessite avant tout de la générosité, l’écoute et la curiosité de l’autre, beaucoup de respect et de l’abnégation. J’avais beaucoup de problèmes à résoudre avec moi-même à l’époque, et autant dire que j’étais loin de posséder toutes ces qualités. L’impro m’y a beaucoup aidé. Aujourd’hui, je suis heureux grâce à ça, et j’en ai fait ma vie.

 
Comment aborde-t-on une improvisation ? Y a-t-il des règles à respecter ? Des codes entre les comédiens ?

L’impro est une discipline artistique à la fois intellectuelle, physique et très ludique.
Attention je ne parle pas du match d’impro qui est une forme spécifique de spectacle avec des règles précises. J’évoque la matière improvisation en général. Il n’y a pas de codes ni de règles, mais plutôt des techniques. Savoir écouter l’autre, apprendre à rebondir sur ce qu’il va proposer ou faire, travailler son imaginaire pour construire en temps réel, et sa mémorisation pour assurer la cohérence de l’histoire, des lieux, des accessoires créés, accepter de lâcher prise pour favoriser la spontanéité et la surprise… On y ajoute la partie théâtrale : être capable d’inventer et incarner un personnage, avec son visage, son corps, sa voix. Il peut s’agir d’hommes, de femmes, jeunes ou vieux, d’un animal, d’un objet, même d’un concept ; comme la mort est par exemple représentée par une faucheuse, je peux incarner le concept du mensonge, l’air du temps, etc.
Il faut travailler de nombreuses années sur l’énergie et l’incarnation de ce que l’on va faire avec son corps, sa voix, son visage, sa respiration, la manière dont on va s’ancrer dans le sol… Enfin, il y a la technique pure liée à l’improvisation, à savoir la capacité à constituer un nœud dramatique dans une histoire, à rebondir sur les propositions de l’autre et à renoncer parfois à une idée si la proposition de l’autre ne s’y prête pas.
Il faut que les spectateurs et vos partenaires de jeu croient en les personnages qu’ils voient, qu’ils oublient les comédiens.  C’est essentiel.

Vous participez au spectacle en tant que Mister Purple. J’allais vous demander pourquoi vous aviez choisi cette couleur, mais en voyant la coque de votre Iphone (qui est violette), j’ai une petite idée !

Oui ! (rires) Je peux vous montrer mon porte-monnaie aussi si vous voulez… Même mes chaussettes mais bon... !
J’ai toujours été fasciné par les couleurs, j’aime cette notion d’embrasement, de prismes, d’explosion de couleurs, de lumière que l’on retrouve dans chaque spectacle.
Et le violet a toujours été ma couleur préférée, alors quand nous avons choisi les couleurs je me suis dépêché de choisir la mienne pour qu’on ne me la prenne pas !

Chaque dimanche vous recevez un invité spécial, généralement un comédien, qui endosse le costume de Miss ou Mister White aux côtés des autres comédiens. Quel est votre souvenir le plus marquant ? L’invité qui vous a le plus surpris ? 

Nous avons eu beaucoup d’invités merveilleux. Je pense notamment à Bérénice Béjo, Nicolas Briançon, Isabelle Mergault, ou encore Michel Boujenah qui a fait preuve d’une générosité et d’une incroyable énergie sur scène.

J’ai une anecdote qui remonte à une quinzaine d’années. Je venais de découvrir le film d’Olivier Dahan ‘Déjà mort’, dans lequel il y avait notamment Benoît Magimel, Romain Duris et Zoé Félix. Ce jour-là j’ai eu un coup de cœur pour Zoé Félix. L’année dernière elle est venue jouer dans Colors. A la deuxième impro, j’étais allongé à moitié mourant sur une île déserte, et elle m’a fait du bouche-à-bouche pour me réanimer – je n’avais rien demander à personne ! J’étais tellement ému que je suis resté scotché (ce qui n’a pas manqué de faire réagir les spectateurs). Nous étions en état de jeu, je n’étais pas conscience de la scène en tant que moment réaliste, je n’ai absolument pas profité de la sensation de ce baiser. Et puis, je savais que son compagnon était dans la salle donc ça n’aurait pas été très classe ! Voilà, c’était un moment incroyable, mais en même temps j’ai loupé le coche, je m’en veux un peu. (rires)


Un autre très bon souvenir : un soir, le comédien qui était prévu pour jouer le rôle de Mister White a annulé sa venue à la dernière minute.  La salle était pleine, le spectacle était sur le point de commencer, et nous n’avions pas de Mister White. Et là, le régisseur du spectacle remarque la moto de Vincent Moscato – ancien international de rugby français, animateur radio sur RMC et comédien - garée devant le café d’à côté. A l’époque je ne le connaissais pas personnellement mais je savais qu’il faisait du théâtre et des one-man. Je suis allé le voir direct. Il était avec sa femme et son enfant, il ne savait pas qui j’étais, je lui ai expliqué la situation et mon problème technique en dix secondes… et il a dit « ok » ! On lui a commandé une pizza à l’arrache qu’il a englouti en trois minutes avant le lever de rideau…
La soirée a été magique ! Il n’avait jamais fait d’impro de sa vie, il n’a pas eu le temps de se mettre la pression et était donc en lâcher-prise total ! Il a été extraordinaire et nous avons passé un moment inoubliable. L’un des plus beaux Colors sans doute.


Et qui aimeriez-vous recevoir ? 

José Garcia, Marina Foïs, et le must du must serait Benoît Poelvoorde.
Benoît si tu lis ces lignes, je te veux, tu es notre héros ! Nous t’offrons deux heures de lâcher prise totale sur la scène d’un merveilleux théâtre, tandis que 800 vierges aux yeux de nacre scanderont ton nom et que des cascades de miel et de myrtes couleront à tes pieds. Appelle-moi, facebook–moi !
 
La sixième saison de Colors nous réserve-t-elle quelques surprises ?

Absolument ! (Silence)

Nous n’en saurons donc pas plus !

Et bien non, c’est le principe de la surprise ! (rires)
Pour le moment, je peux néanmoins vous dire que nous aurons dans les mois à venir notamment la visite de Michèle Laroque et Arthur Jugnot.
Et peut-être une énorme surprise en janvier…

Quels sont vos projets pour les mois à venir ? D’autres spectacles en préparation ?

Je continue à donner, presque chaque soir, des cours à l’école française d’impro que je dirige avec Franck Porquiet qui est aussi le co-producteur de Colors et un partenaire de scène de longue date.
J’ai des projets cinéma, notamment une comédie que j’ai co-écrite et qui sera produite l’année prochaine, ainsi que deux films prévus en tournage pour 2013.
Un recueil de nouvelles devrait voir le jour courant novembre, intitulé ‘Contes de la Blanche-Nuit’ et illustré par Nicolas Perruchon, avec une dizaine d’histoires aux univers variés.
Et puis côté théâtre, vous me retrouvez les dimanches soir au Gymnase pour Colors. Et également les vendredis et samedis soirs au Palais des Glaces pour ‘La Boîte de Pandore’, un spectacle plus intimiste avec seulement deux ou trois comédiens sur scène, des improvisations plus longues et un univers assez hilarant et très onirique.

Quelle question auriez-vous aimé que je vous pose ?

Que faites-vous ce soir ?

Et que m’auriez-vous répondu ?

On va boire un Mojito Framboise ?

Propos recueillis par Mélina Hoffmann

Retrouvez les dernières actualités d’Esteban Perroy sur son site Internet :


Interview publiée dans le BSC News Magazine de Septembre 2012 (pages 122-128)

1 sept. 2012

Chronique 'Aucune rencontre n'arrive par hasard', Kay Pollack


 
« Si vous regardez votre propre vie jusqu'ici, vous verrez que chaque personne que vous avez rencontrée - sans exception - a contribué à sa façon à faire de vous ce que vous êtes aujourd'hui. »
"Il n'y pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous." disait Paul Eluard, voilà qui résume plutôt bien le message de ce livre.
Chacune de nos rencontres avec l'autre est une formidable occasion de partir à la découverte ou à la redécouverte de nous-mêmes, d'apprendre, de développer nos capacités d'écoute, de compréhension, de dépasser nos peurs, notre colère. C'est en tout cas la façon dont l'auteur nous invite à envisager nos rencontres, tant dans le domaine amoureux qu'amical, familial ou professionnel.
Il est important de garder à l'esprit que chaque personne que nous rencontrons a quelque chose à nous apporter, à nous apprendre, mais aussi que ce n'est qu'une infime partie de ce qu'elle est que nous rencontrons. Ainsi, gardons-nous de juger ou de condamner une personne dont nous ignorons l'histoire personnelle, les blessures, les angoisses, les doutes, les rêves, les efforts..., autrement dit presque tout. Souvenons-nous que derrière la colère se cache le plus souvent une peur ou une douleur. Retenons qu'à chaque instant de sa vie, chacun fait du mieux qu'il peut avec ce qu'il est.
Ce petit guide pédagogique nous invite à envisager les rencontres sous un nouvel angle afin d'en tirer tous les bénéfices possibles et d'aborder la vie avec davantage de sérénité. Car si nous ne pouvons pas changer l'autre, nous pouvons néanmoins changer nos pensées et le regard que nous portons sur lui. Nous sommes responsables de la façon dont nous décidons d'interpréter les actes et les paroles de l'autre, cet autre qui nous ramène toujours à nous-mêmes et que nous condamnons trop vite dès lors qu'il nous ramène à nos propres failles, nos propres manquements, nos angoisses les plus refoulées.
« Lorsque vous pointez votre index pour condamner, accuser et critiquer quelqu'un, vous avez tendance à oublier que trois autres doigts pointent en arrière : vers vous-même. »
Mélina Hoffmann
Chronique publiée dans le BSC News Magazine de Juillet-Aout 2012 (page 89)

17 août 2012

Chronique 'L'élégance du hérisson', Muriel Barbery




« Le cœur et l’estomac en marmelade, je me dis que finalement, c’est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté, où le temps n’est plus le même. C’est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèse dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. Oui, c'est ça, un toujours dans le jamais. (...)
La beauté dans ce monde »


Renée a 54 ans. Elle dissimule son intelligence, ses lectures philosophiques et son goût pour le cinéma japonais derrière une vie modeste et solitaire, son manque d’amabilité, et sa télévision où défilent les programmes les plus ineptes. Elle est la concierge d’un immeuble bourgeois au cœur de Paris, dans lequel elle vit avec son chat.
Paloma a 12 ans et habite l’immeuble en question au 7 rue de Grenelle, dans une famille aisée. C’est une enfant exceptionnellement intelligente, pourvue d’une grande sensibilité, qui nourrit des interrogations existentielles ordinairement réservées aux adultes. Elle vit avec ses parents et sa sœur, des êtres qu’elle décrit comme « virtuellement riches » car superficiels et imperméables à tous types d'émotions.
Paloma se sent incomprise et ne veut pas de ce monde dans lequel elle voit les adultes s’ébattre péniblement, pris au piège de leur incapacité à construire le présent qui les pousse à toujours tout remettre au lendemain ; un lendemain qui finalement n’arrive jamais puisqu’il finit par devenir présent. Paloma a donc pris une décision : « (...) à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, le 16 juin prochain, je me suiciderai. » En attendant, elle trouve un peu de réconfort dans l'écriture.
Les deux récits - celui de Renée et de Paloma - s’entrecroisent au milieu de longues et passionnantes digressions philosophiques et questionnements métaphysiques auxquels se livrent les deux femmes, qui souffrent chacune à leur manière dans l'indifférence la plus complète. C'est un peu tardivement que les solitudes de ces deux êtres finiront par se croiser et s’unir, grâce à l'arrivée d'un nouvel habitant dans l'immeuble - Ozu, un japonais riche et cultivé - qui viendra redonner aux deux femmes le goût du bonheur et de la vie.
Si ce livre a suscité les éloges les plus flatteurs comme les critiques les plus acerbes, je me placerai pour ma du côté des éloges, même si je comprends bien volontiers ce qui a pu déranger certains lecteurs. "étalage de culture", "prétention", "clichés"... Certes, Muriel Barbery n'y va pas de main morte avec les réflexions et les références culturelles, au point qu'on peut parfois avoir du mal à ne pas perdre de vue Paola et Renée derrière ce "trop-plein" d'intelligence. Et si cela peut donner un ton un peu pédant au récit et décourager le lecteur qui aspirait à un moment de détente, j'ai trouvé que, loin de rendre cet ouvrage inaccessible, cela lui donne une profondeur très intéressante. J'y ai vu une véritable occasion d'enrichissement personnel et de réflexion. Au fil de ma lecture, j'ai noté bon nombre de phrases qu'il m'arrive de relire pour y puiser un peu d'espoir, de douceur et de réconfort.
Si cet ouvrage est, je crois, à la portée de tous, c'est qu'on peut y déceler plusieurs niveaux de lecture. Chacun trouvera le sien, et s'il est parfaitement possible d'apprécier l'histoire sans comprendre toutes les références culturelles qui s'y trouvent, une seconde lecture peut néanmoins être bénéfique pour bien saisir toutes les nuances du récit et creuser ce qui a échappé à notre compréhension.
C'est un livre qui nous parle de la vie, de sa grisaille, des réalités les plus pénibles : « Il ne faut pas oublier que le corps dépérit, que les amis meurent, que tous vous oublient, que la fin est solitude. » Mais il nous parle aussi et surtout de toutes ces petites éclaircies, de ces rayons de lumière qu'il faut sans cesse traquer pour ne pas perdre espoir. L'Art, notamment, y est défini comme source ultime de beauté et de bonheur, loin de la convoitise humaine qui nous plonge dans une permanente insatisfaction.
Finalement, il semblerait que l’intelligence - par la conscience éclairée des choses et la tendance à la réflexion qu'elle permet - facilite l'accès à la souffrance morale. L'intelligence qui, Muriel Barbery nous le rappelle avec ce livre, est une maladie qui peut toucher les pauvres petites filles riches comme les gardiennes d'immeubles pas franchement jolies et antipathiques ! Ouf !...
C'est évidemment sur ce second point que les critiques négatives s'accordent. En tentant de tordre le cou à certaines idées reçues, l'auteur saute à pieds-joints dans d'autres clichés socio-culturels un peu irritants. Dommage ! Mais L'élégance du hérisson (un titre à première vue étrange mais qui prend tout son sens au fil de la lecture) n'en reste pas moins un livre émouvant et amusant qui, derrière une apparence un peu sophistiquée et un langage intellectuel, nous ramène finalement aux choses les plus simples et les plus belles. 
Mélina Hoffmann

Chronique publiée dans le BSC News Magazine de Juillet-Aout 2012 (pages 94-95)

9 août 2012

Chronique 'Le ventre vide, le froid autour', Les fille du calvaire


« Je ne sais pas où l'anorexie cesse et où je commence. Où elle prend sa source et où je m'assèche. J'ignore ce qu'il restera de moi après elle. Certaines nuits me travaille l'idée qu'il est des combats à ne pas remporter, sous peine de ne plus avoir de raison de rester en vie. »
Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore : cinq jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans qui ont réuni leurs plumes pour témoigner d’un même mal qui les ronge. Cinq jeunes femmes qui ont accepté de mettre des mots sur ce dont elles souffrent en silence depuis trop longtemps, ce calvaire quotidien dans lequel elles tentent de survivre, jour après jour ; sur leurs vies entre parenthèses. Cinq jeunes femmes pour lesquelles les compagnes les plus fidèles s’appellent Anorexie et Boulimie.
Des mots qui font peur, des mots qui - trop souvent encore - font fuir, dégoûtent même. Des mots derrière lesquels, pourtant, se cachent souffrances, angoisses, solitude, colère, jusqu’au désir d’en finir parfois, et d’autres fois sans que le désir ne s’y invite… « Sans relâche, je dois me battre contre moi pour me sauver d'un précipice où je me jette. »
Ce projet de témoignages croisés est né dans un hôpital il y a cinq ans, à l’initiative de deux amies dont l’une d’elles, emportée par un arrêt cardiaque des suites de la maladie, ne verra jamais l’accomplissement. « La vie est fragile, la sienne ne tenait qu'à un fil. On ne m'avait donc pas menti, on peut mourir d'avoir eu faim d'une autre vie. »
Chacune de ces jeunes femmes nous livre sa propre expérience, son rapport personnel et intime avec la maladie.
Nous y découvrons la colère, la rage, la culpabilité, la honte, les rêves de lendemains meilleurs, le froid qui les habitent. Mais, plus surprenant encore, nous découvrons cette envie de vivre. Car, à l’inverse de ce que l’on serait tenté de penser, l’anorexie et la boulimie ne sont pas pour ces filles une façon de se détruire, mais bel et bien le seul moyen qu’elles ont trouvé pour se sauver, pour vivre - en attendant mieux - dans un monde dans lequel elles se sentent à l’étroit, ne trouvent plus leur place. « (...) subsiste en moi, quelque part, errante, la fille à qui l'on avait tant promis. »
La nourriture devient alors une façon d’exister au monde, un refuge, un langage pour dire à qui se donnera la peine d’essayer de le comprendre :
« J'ai mal de moi. »
Ces témoignages d’une bouleversante sincérité et empreints d’une surprenante douceur, nous décrivent ce rapport au corps si douloureux et insaisissable pour qui n’y a jamais été confronté. Des témoignages dont le but est également de réduire à néant les préjugés qui entourent la maladie. Car non, anorexie n’est pas forcément synonyme de maigreur excessive. Non, l’anorexie n’est pas la conséquence d’un régime qui a mal tourné. Non, s’en sortir n’est pas une simple question de volonté. Non, il ne faut pas être faible pour en être victime.
L’anorexie et la boulimie sont des maladies extrêmement violentes et sournoises qui, par l’illusion provisoire de contrôle et de confort qu’elles procurent, parviennent à piéger les personnes les moins vulnérables à priori, les plus combattives, les plus radieuses.
« Ce n'est pas une question de poids, de quantité, de matière grasse, de miroir, d'os. L'anorexie m'a coupé l'appétit pour une vie entière. »
Pour Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore , et tant d’autres femmes et hommes confrontés à la maladie, s’impose pourtant la nécessité de garder le goût de vivre, malgré tout ; trouver en ce corps épuisé la force de se battre, de ne pas céder aux instants de découragement, inévitables. « Je n'en peux plus, de ce passé qui court après moi, de ce présent que je ne saisis pas. » Car la boulimie et l’anorexie sont des maladies épuisantes en cela qu’elles nécessitent un combat de chaque jour, de chaque instant, puisque l’objet du mal – la nourriture – est toujours présent, impossible à tenir à distance.
Un livre touchant et terriblement nécessaire. Ces jeunes femmes sont de véritables exemples de courage et l’on souhaite à chacune d’elle de parvenir au bout de cet effroyable combat.
Mélina Hoffmann
Chronique publiée dans le BSC News Magazine de Juillet-Aout 2012 (pages 92-93).

3 août 2012

Poème, 'Nuit d'ivresse'


Je veux des rendez-vous secrets
des nuits passées à s’enivrer

Je veux des heures où l'on s'égare,
d'autres envies, d'autres regards

Je veux la raison qui s’absente
et des prétextes qu’on s’invente

Je veux ces instants de délice
dont le désir se fait complice

Je veux des mains qui se retiennent
deux peaux brûlantes qui s’apprennent

Je veux les sourires silencieux
préludes aux enlacements fougueux

Je veux des baisers dans le cou,
des soupirs à s’en rendre fous

Je veux des corps qui s'électrisent,
d'autres décors où l'on s'épuise

Je veux des envolées fiévreuses
et des escapades audacieuses

Je veux des doigts qui me parcourent
des intrusions que je savoure

Je veux l’ivresse, des draps froissés
caresses auxquelles m'abandonner 

Je veux atteindre l’absolu
de l’amour qui se met à nu

Je veux des langues qui s’aventurent
là où tout n’est plus que luxure

Je veux la magie débordante
de l’excitation qui nous hante

Je veux la volupté d’un corps
qui sans retenue me dévore

Je veux frissonner et gémir
oser les mots qui font rougir

Je veux le délicieux supplice
de nos sources qui se tarissent

Je veux des lèvres qui s’embrasent
et du plaisir jusqu’à l’extase

Je veux des instants de vertige
lorsque l’ensorcelé s’érige

Je veux succomber au désir
goûter au précieux élixir
 
Je veux l’attente délicieuse
d’autres étreintes langoureuses

Je veux le souvenir bouillant
du désir fou de deux amants.

Mélina, Août 2012

28 juil. 2012

Poème 'Aimer c'est...'


Aimer, c'est...

Souhaiter ton bonheur quand je souffre

Te rassurer quand je doute

Sécher tes larmes quand je pleure

Te réchauffer quand je frissonne 

Te comprendre quand tu me juges

Tout te donner quand je n'ai plus rien

Te soutenir quand je m'effondre

Penser à toi quand tu m'oublies

Te dire je t'aime quand c'est fini.


Mélina, Juillet 2012